Boulo, Métro, Casino

Marquer les gens est un exercice trop facile.

Hier, avec l’ensemble des participants à une conférence, nous sommes allé  manger dans un restaurant pour le social event. C’est l’occasion de discuter de manière moins formelle et de nouer des relations sur le feeling. C’est important le feeling. Surtout pour ceux qui peuvent pas compter sur les résultats. Je m’égare.

Le restaurant était dans un casino et l’entrée nous étaient offerte. Pourtant, la quasi totalité des participants souhaitaient retourner à l’hotel sans passer par le casino. Après la simplissime excuse corcernant le sommeil de retard (excuse qui ne tient pas longtemps), la plus souvent utilisée était la rétissance à jouer de l’argent. Bon, je veux bien qu’on ne trouve pas ca amusant de jouer de l’argent mais ce n’est pas comme si le simple fait de rentrer dans un casino et de regarder des gens jouer de l’argent était mauvais voir contagieux. La curiosité de ces scientifiques était subitement étouffée. Du coup, le simple fait d’essayer de les convaincre suffisait à se mettre en avant. Mais dans ces cas là, la seule chose réellement importante c’est le lendemain matin. Être frais et dispo avant tout le monde. Les gens sont alors surpris, presque jaloux, marqués.

La démocratie stochastique

« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie »

Montesquieu, Esprit des lois, livre 2, chapitre 2

Il parait que la démocratie est en crise. Cela fait la une des journaux depuis des années, vous devriez commencer à le savoir. Ce brouhaha médiatique tente parfois d’analyser le « divorce » entre les hommes politiques et « leurs » électeurs, d’autres fois l’auteur s’attache à décrire la « faillite » du système. Cependant, trop peu d’articles tentent l’ascension de la moindre colline pour prendre un peu de hauteur et remettre ainsi en question ce que les dirigeants internationaux, G. W Bush le premier, semblent considérer comme l’ultime système démocratique : la démocratie représentative

Les écouter ferait probablement hérisser les poils de nombreux philosophes « des lumières », pourtant si souvent cités, ainsi que ceux des nombreux penseurs historiques de la démocratie.Dice Pour le comprendre, revenons brièvement (et classiquement) sur Athène, cité si souvent décrite comme le berceau de la démocratie moderne. Certes, la plupart des collégiens citeront Athène quand on évoquera le fameux sujet de la démocratie ; mais beaucoup moins seront probablement capables de donner les détails du fonctionnement du système. Pourtant, ce dernier réserve une surprise au regard de notre expérience démocratique : l’omniprésence du tirage au sort pour des postes actuellement électifs.

En effet, d’après wikipedia [1], l’assemblée des citoyens, l’Ecclésia, se réunit une fois par an pour tirer au sort les membres de la Boulé, les archontes et l’Héliée. Sans rentrer dans les détails, voici quelques grandes caractéristiques utiles à notre propos :

  • tous les citoyens votent les lois à l’Agora et peuvent proposer une motion ainsi que prendre la parole ; ce concept correspond à la base de la démocratie directe ;
  • les membres de la Boulé, dont le principal travail est de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi, sont tirés au sort ;
  • les magistrats sont divisés en deux catégories, les stratèges, élus, et les archontes, tirés au sort ; ils forment l’équivalent d’un gouvernement ;
  • l’Héliée, dont les membres sont tirés au sort, correspond au pouvoir législatif.

La plupart des postes sont donc tirés au sort alors que seule une minorité d’entre eux sont électifs. Ce contraste est étonnant compte tenu de notre vision « moderne » de la démocratie. Il est encore plus étonnant quand l’on sait la place qu’occupe Athène comme idéal démocratique.

Était-ce une bonne idée ? Les statistiques nous suggèrent qu’en tirant au sort « suffisamment » de représentants d’une population, on obtient un échantillon représentatif. On peut estimer la fiabilité de cet échantillon, mais aller jouer avec ces équations nous égarerait. Intuitivement, on sent bien que si l’on tire au sort 1000, par exemple, citoyens, on aura une proportion correcte de chaque catégorie de la population. Siégeraient ainsi dans ce parlement un nombre conséquent d’ouvriers, environ 10% de chomeurs, 50 % de femmes, etc..
Cela correspond tant à un cet idéal démocratique si demandé que l’on peut trouver de nombreuses prises de positions prestigieuse pour cette approche stochastique de la démocratie par rapport à une approche représentative. On peut citer Aristote (« il est démocratique, par exemple, de tirer les magistrats au sort ; oligarchique, de les élire » La politique, livre 3, chapitre 9 ), Rousseau ( « Spartes était une aristocratie parce que ses magistrats étaient élus » Du contrat social, livre 3, chapitre 8») ou encore Montesquieu (« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie » Esprit des lois, livre 2, chapitre 2).

Puis, assez subitement, ces prises de positions disparaissent. La révolution française et la constitution américaines instituent des modèles représentatifs qui sont à peine remis en question depuis. Pourquoi ce brusque changement ? Je ne sais pas. On peut noter une certaine peur du peuple dans beaucoup des débats qui ont précédés les premiers régimes représentatifs modernes, cela est certainement lié. L’instauration du suffrage censitaire illustre tout à fait cette idée.

Pourtant, en plus de constituer une représentation quasi-parfaite de la population, le tirage au sort permet d’éviter de nombreux travers de nos systèmes actuels, notamment le carriérismes politique et les jeux de pouvoir qui polluent beaucoup des discours. Par ailleurs, l’élection suppose que les plus compétents sont élus mais il est clair que ceux qui sont élus sont ceux qui ont le plus la capacité de convaincre. Rien ne prouve — et la situation française a malheureusement tendance à prouver le contraire — que quelqu’un très fort pour se faire élire est nécessairement aussi le plus compétent pour gouverner. Quand on ajoute les problèmes de représentations des préférences des citoyens liés aux suffrages actuellement employés (voir [2] pour les détails et exemples), on regrette que peu de réflexion remettent en cause l’élection comme seul moyen de concevoir un pays démocratique.

Il faut quand même noter que le hasard est largement utilisé pour sélectionner les jurés dans les procès et peu de gens semble s’en plaindre.

Récemment, l’idée tirage au sort dans la démocratie a commencé à refaire surface. En français, elle a même été baptisée « stochocratie » par Roger de Sizif (de Sizif, La stochocratie, 1998 )[3]. On pourrait proposer le terme de « démocratie stochastique ». L’idée semble par exemple avoir été adoptée par l’assemblée générale de Lorraine des Verts, où un quart des délégués nationaux sont tirés au sort [4].

On a aussi pu lire dans le Monde Diplomatique en 1998 « L’idée selon laquelle il n’y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent est la seule justification raisonnable du principe majoritaire. Donc, chez les Grecs, le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Pour les activités spécialisées - construction des chantiers navals, des temples, conduite de la guerre -, il faut des spécialistes. Ceux-là, on les élit. C’est cela, l’élection. Election veut dire « choix des meilleurs ». Là intervient l’éducation du peuple » [5]. On pourrait tourner autour de cette idée en se posant la question pour chaque fonction « cette fonction doit-elle être élective ou tirée au sort ? ». Actuellement, on ne se la pose pas.

Quelle forme un système basé sur le sort pourrait-il prendre ? Dans une première réflexion, on peut imaginer un parlement suffisament grand de 500 à 1000 personnes (une taille finalement assez comparable à la taille de l’Assemblée Nationale). Ces citoyens, volontaires, conserveraient leur salaire actuel pendant la durée de leur mandat, assez court, par exemple deux ans. Conserver leur salaire leur permettraient de se consacrer pleinement à la vie démocratique.

Mais on ne gouverne pas uniquement avec un parlement et la question est plus complexe pour sélectionner un gouvernement. Celui-ci doit nécessairement être composé de peu de membres, il est donc potentiellement sujet à d’importantes erreurs d’échantillonage si on le tire au sort. Une élection pourrait dans ce cas s’avérer plus adaptée.

Références

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne

[2] http://www.lamsade.dauphine.fr/~bouyssou/SocChoice.pdf

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Stochocratie

[4] http://www.lesverts-lorraine.org/articles/vl5sor.htm

[5] http://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CASTORIADIS/10826.html

Bouddha blanc

(Pour savoir comment accepter les choses telles qu’elles sont, reportez-vous au chapitre 4.)

La méditation pour les nuls.

L’orient est d’actualité. Il est important de s’assurer de la feng-shuité de son environnement de travail, il est de bon ton d’apprécier les films japonais incompréhensibles et les films chinois avec des acteurs qui volent et arrêtent les épées avec les dents. La Chine est synonyme de spiritualité, de retour à la terre, et de médecine naturelle (soigner l’impuissance avec des aiguilles, vous y aviez pensé ?). Plus généralement, l’Asie, c’est de la cuisine que belle-maman ne digère pas, des jolies filles qui se rident moins vite que les nôtres, mais surtout, c’est la maîtrise de soi pour lutter contre les effets dévastateurs du stress.

Bouddha hypeLes scientifiques nous disent que la méditation a des bienfaits clairement mesurables sur la santé. Les gens qui conchient ces minables scientifiques bornés nous disent qu’en plus, elle peut nous permettre de lire dans les pensées, lire dans le futur, léviter, pratiquer la télékinésie, et redresser les sexes tordus (hum non, ce sont les marabouts qui font ça). Seulement voila, selon les écoles, pour atteindre un niveau de super-hero™, il faut jeûner, se tordre dans tous les sens, lire des koans zen absurdes, devenir végétarien et voter pour les verts, tout cela pendant de longues années.

L’occidental est un homme pressé, qui n’a pas forcément envie de passer son temps à lire des traductions de poèmes tibétains au lieu de regarder la télévision (et encore moins de voter pour les verts). Heureusement, les éditeurs occidentaux ont trouvé la solution, qui réside dans cette phrase koanique citée en début de billet. Évidemment, si vous ne voulez pas accepter les choses telles qu’elles sont, mais que vous cherchez à apprendre à vous aimer et à aimer les autres, c’est au chapitre 10 qu’il faudra vous rendre.

And now, for something completely different:

Un moine déclara à Joshu :
― Je viens d’entrer au monastère. S’il vous plait, enseignez moi.
― As-tu mangé ton riz ?
― Je l’ai fait.
― Alors, tu ferais mieux d’aller laver ton bol.
À cet instant, le moine fut illuminé.

The star we share

ParaboleCeci est un radio-télescope.

Ce midi, sur le campus d’Orsay, était organisé une observation de l’éclipse de soleil : distribution de lunettes de protection et étalage de télescopes. Tout était fait pour que l’observation puisse avoir lieu dans de bonnes conditions. Même cachée derière les nuages, l’eclipse pouvait être observée à l’aide d’un radio-télescope. Un radio-télescope ! Avec ça, on va pouvoir voir des détails, des images tout en couleur avec des trucs qui bougent et des éruptions à la surface du soleil. Rien à voir avec les courtes observations que nous pouvions faire à l’aide de nos lunettes entre deux nuages. Nous sommes donc allé voir ce fameux radio-télescope.

Nous rentrons dans une salle de TP. Sur le mur un video-projecteur affiche de mystérieuses données et un graphique. Un chercheur est présent et débute son explication. “Par la fenêtre, sur la gauche vous verrez les radio-telescopes.” Nous nous déplaçons vers la fenêtre, passons la tête et … profonde déception … “C’était moins cher avec des antennes satélites classiques.” Un champs de paraboles télé. La courbe et les données ? Des relevées d’emission d’ondes produites par le soleil. Justement les même ondes que celles utilisées par les satelites de télédiffusions. “Quand le soleil sera caché à 20% par la lune, la courbe sera 20% moins haute.

Nettement moins sexy que les éruptions dont je révais. J’avais presque le sentiment d’avoir été trompé. Heureusement, un peu plus loin, un streaming sans doute de la NASA nous montrait le soleil en gros plan et les gigantesques éruptions. Les commentateurs, avec la mièvrerie qui caractérise si bien les américains, décrivent les images : “The sun is the star we share”. Merci, j’ai déjà oublié pourquoi j’étais si déçu.

Le coupe-choux

Cowboy raséRien n’est plus viril qu’utiliser un rasoir qui peut vous ôter la tête.

Les gens aiment les hommes qui se rasent au coupe-choux. Les femmes les admirent, les hommes les craignent (les deux les dévisagent si c’est mal fait).

Alors, pourquoi se raser comme un cow-boy ? Et, point plus important, pourquoi abandonner cette idée avant le premier essai ?

Un rasage au coupe-choux vous donner une décharge d’adrénaline que seul peut remplacer une ballade sur la bande d’urgence (Waw… comme disait Châteaubriant), un sentiment de puissance et l’âme d’un guérillero. Avec l’arrivée des cosmétiques pour hommes (tout est lié), ce dernier sent le besoin de contrebalancer son aspect féminin (j’utilise une crème de nuit et un anti-rides et un anti-cernes) par un gros coup de testostérone (j’évite la ride du lion grâce à Nivéa mais je me rase avec un katana, coco). Ça, et le retour aux traditions, et aux vraies valeurs, et aux produits naturels, lui imposent de prendre, comme son père (ou plutôt son grand père) le temps de prendre son temps, c’est-à-dire de rester nu devant sa glace une heure durant pour manier une sorte de faux miniature qui lui permettra de se prendre au mieux un chasseur de prime, au pire pour un officier anglais coincé en pleine guerre contre les zulus sans un seul barbier correct à moins de 45 kilomètres.

Aujourd’hui, alors que même les rasoirs vibrent, pourquoi repasser au rasoir de la muerte ?

Pour rien. Premièrement, pensez à l’éclatante révélation que vous ferez à vos amis qui jouent à Buffalo Bill tous les soirs (ou toutes les semaines, voir tous les mois, selon leur âge) : « Le coupe-choux ? Humph, c’est un peu has-been le retour aux objets has-been non ?).

Ensuite, n’aimerez-vous pas être le seul homme très bien rasé de votre groupe ? (bien que ce genre de considérations n’appartienne qu’à une certaine élite, à laquelle je n’appartiens que par obligation résignée). Car, ne pensez pas que votre passage à une lame Durandal vous donnera le visage heureux et frais d’un homme sortant du barbier de la Rue Principale (avant d’acheter ses Colts) : elle vous donnera le visage, tailladé, d’un homme qui, sortant de sa camionnette d’installateur du câble, à échappé de peu à un émule du docteur Lecter.

La meilleure chose à faire reste donc de rendre visite fréquemment à un barbier (ce qui n’existe pour ainsi quasiment plus depuis que les gens sont foutus de se raser eux-mêmes) ou d’avoir recours à une lame « normale ».