juin 12 2006

La démocracie liquide

Catégorie : PolitiqueYusei @ 12:22

Entre la démocratie directe, où tout le monde vote sur tous les sujets, et la démocratie représentative, où l’on ne vote qu’une fois pour élire des représentants, on peut trouver toutes sortes de nuances. L’une d’elles est la démocratie liquide. Dans ce système, chaque personne vote sur tous les sujets, mais a la possibilité de déléguer son vote dans certains domaines.

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Ainsi, dans le groupe représenté par le schéma ci-dessus, Sarah est la spécialiste des problèmes de transport, par conséquent Paul et Toru ont décidé de lui déléguer leur voix sur ces questions. Si une loi doit être votée interdisant les voitures, Sarah donne sa position à Paul et Toru. S’ils ne se manifestent pas, le système considère qu’ils votent automatiquement comme elle, mais si sa décision ne leur plaît pas ils peuvent décider de voter autrement.

D’autre part, Toru s’intéresse aux questions d’éducation, et Rachid, qui a constaté qu’il était souvent d’accord avec lui, lui a délégué sa voix. Mais en plus des questions d’éducation, il lui a aussi délégué sa voix sur le transport et, par conséquent, son vote « par défaut » au sujet de la loi contre les voitures sera le même que celui de Toru, donc le même que celui de Sarah.

L’intérêt de ce système est de permettre de choisir son niveau d’implication dans chaque domaine de la vie politique, et de choisir ses représentants dans les domaines que l’on ne maîtrise pas ou qui ne nous intéressent pas de manière plus fine qu’en élisant un gouvernement en une seule élection. Il est possible de choisir comme délégué des personnalités connues, mais également son voisin de pallier, ce qui permet de décentraliser l’attribution de confiance. De plus, le système résiste assez bien aux tentatives de corruption : si Paul tente d’acheter Sarah pour qu’elle vote contre la loi anti-voitures, il n’a aucun moyen de contrôler la recommandation de vote qu’elle donne à Toru et Rachid. Par conséquent, elle peut accepter ou refuser l’argent, conseiller à Paul de voter contre, et conseiller à Toru de voter pour.

Parmi les critiques, certains notent la difficulté d’établir des catégories strictes pour chaque question. Un projet de loi qui concerne les bus de ramassage scolaire concerne-t-il les transports ou l’éducation ?

(Les images du schéma proviennent de la bibliothèque OpenClipart)


avr 02 2006

La démocratie stochastique

Catégorie : Général, Politiquemandor @ 1:21
« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie »

Montesquieu, Esprit des lois, livre 2, chapitre 2

Il parait que la démocratie est en crise. Cela fait la une des journaux depuis des années, vous devriez commencer à le savoir. Ce brouhaha médiatique tente parfois d’analyser le « divorce » entre les hommes politiques et « leurs » électeurs, d’autres fois l’auteur s’attache à décrire la « faillite » du système. Cependant, trop peu d’articles tentent l’ascension de la moindre colline pour prendre un peu de hauteur et remettre ainsi en question ce que les dirigeants internationaux, G. W Bush le premier, semblent considérer comme l’ultime système démocratique : la démocratie représentative

Les écouter ferait probablement hérisser les poils de nombreux philosophes « des lumières », pourtant si souvent cités, ainsi que ceux des nombreux penseurs historiques de la démocratie.Dice Pour le comprendre, revenons brièvement (et classiquement) sur Athène, cité si souvent décrite comme le berceau de la démocratie moderne. Certes, la plupart des collégiens citeront Athène quand on évoquera le fameux sujet de la démocratie ; mais beaucoup moins seront probablement capables de donner les détails du fonctionnement du système. Pourtant, ce dernier réserve une surprise au regard de notre expérience démocratique : l’omniprésence du tirage au sort pour des postes actuellement électifs.

En effet, d’après wikipedia [1], l’assemblée des citoyens, l’Ecclésia, se réunit une fois par an pour tirer au sort les membres de la Boulé, les archontes et l’Héliée. Sans rentrer dans les détails, voici quelques grandes caractéristiques utiles à notre propos :

  • tous les citoyens votent les lois à l’Agora et peuvent proposer une motion ainsi que prendre la parole ; ce concept correspond à la base de la démocratie directe ;
  • les membres de la Boulé, dont le principal travail est de recueillir les propositions de loi présentées par les citoyens, puis de préparer les projets de loi, sont tirés au sort ;
  • les magistrats sont divisés en deux catégories, les stratèges, élus, et les archontes, tirés au sort ; ils forment l’équivalent d’un gouvernement ;
  • l’Héliée, dont les membres sont tirés au sort, correspond au pouvoir législatif.

La plupart des postes sont donc tirés au sort alors que seule une minorité d’entre eux sont électifs. Ce contraste est étonnant compte tenu de notre vision « moderne » de la démocratie. Il est encore plus étonnant quand l’on sait la place qu’occupe Athène comme idéal démocratique.

Était-ce une bonne idée ? Les statistiques nous suggèrent qu’en tirant au sort « suffisamment » de représentants d’une population, on obtient un échantillon représentatif. On peut estimer la fiabilité de cet échantillon, mais aller jouer avec ces équations nous égarerait. Intuitivement, on sent bien que si l’on tire au sort 1000, par exemple, citoyens, on aura une proportion correcte de chaque catégorie de la population. Siégeraient ainsi dans ce parlement un nombre conséquent d’ouvriers, environ 10% de chomeurs, 50 % de femmes, etc..
Cela correspond tant à un cet idéal démocratique si demandé que l’on peut trouver de nombreuses prises de positions prestigieuse pour cette approche stochastique de la démocratie par rapport à une approche représentative. On peut citer Aristote (« il est démocratique, par exemple, de tirer les magistrats au sort ; oligarchique, de les élire » La politique, livre 3, chapitre 9 ), Rousseau ( « Spartes était une aristocratie parce que ses magistrats étaient élus » Du contrat social, livre 3, chapitre 8») ou encore Montesquieu (« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie » Esprit des lois, livre 2, chapitre 2).

Puis, assez subitement, ces prises de positions disparaissent. La révolution française et la constitution américaines instituent des modèles représentatifs qui sont à peine remis en question depuis. Pourquoi ce brusque changement ? Je ne sais pas. On peut noter une certaine peur du peuple dans beaucoup des débats qui ont précédés les premiers régimes représentatifs modernes, cela est certainement lié. L’instauration du suffrage censitaire illustre tout à fait cette idée.

Pourtant, en plus de constituer une représentation quasi-parfaite de la population, le tirage au sort permet d’éviter de nombreux travers de nos systèmes actuels, notamment le carriérismes politique et les jeux de pouvoir qui polluent beaucoup des discours. Par ailleurs, l’élection suppose que les plus compétents sont élus mais il est clair que ceux qui sont élus sont ceux qui ont le plus la capacité de convaincre. Rien ne prouve — et la situation française a malheureusement tendance à prouver le contraire — que quelqu’un très fort pour se faire élire est nécessairement aussi le plus compétent pour gouverner. Quand on ajoute les problèmes de représentations des préférences des citoyens liés aux suffrages actuellement employés (voir [2] pour les détails et exemples), on regrette que peu de réflexion remettent en cause l’élection comme seul moyen de concevoir un pays démocratique.

Il faut quand même noter que le hasard est largement utilisé pour sélectionner les jurés dans les procès et peu de gens semble s’en plaindre.

Récemment, l’idée tirage au sort dans la démocratie a commencé à refaire surface. En français, elle a même été baptisée « stochocratie » par Roger de Sizif (de Sizif, La stochocratie, 1998 )[3]. On pourrait proposer le terme de « démocratie stochastique ». L’idée semble par exemple avoir été adoptée par l’assemblée générale de Lorraine des Verts, où un quart des délégués nationaux sont tirés au sort [4].

On a aussi pu lire dans le Monde Diplomatique en 1998 « L’idée selon laquelle il n’y a pas de spécialiste de la politique et que les opinions se valent est la seule justification raisonnable du principe majoritaire. Donc, chez les Grecs, le peuple décide et les magistrats sont tirés au sort ou désignés par rotation. Pour les activités spécialisées - construction des chantiers navals, des temples, conduite de la guerre -, il faut des spécialistes. Ceux-là, on les élit. C’est cela, l’élection. Election veut dire « choix des meilleurs ». Là intervient l’éducation du peuple » [5]. On pourrait tourner autour de cette idée en se posant la question pour chaque fonction « cette fonction doit-elle être élective ou tirée au sort ? ». Actuellement, on ne se la pose pas.

Quelle forme un système basé sur le sort pourrait-il prendre ? Dans une première réflexion, on peut imaginer un parlement suffisament grand de 500 à 1000 personnes (une taille finalement assez comparable à la taille de l’Assemblée Nationale). Ces citoyens, volontaires, conserveraient leur salaire actuel pendant la durée de leur mandat, assez court, par exemple deux ans. Conserver leur salaire leur permettraient de se consacrer pleinement à la vie démocratique.

Mais on ne gouverne pas uniquement avec un parlement et la question est plus complexe pour sélectionner un gouvernement. Celui-ci doit nécessairement être composé de peu de membres, il est donc potentiellement sujet à d’importantes erreurs d’échantillonage si on le tire au sort. Une élection pourrait dans ce cas s’avérer plus adaptée.

Références

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_ath%C3%A9nienne

[2] http://www.lamsade.dauphine.fr/~bouyssou/SocChoice.pdf

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Stochocratie

[4] http://www.lesverts-lorraine.org/articles/vl5sor.htm

[5] http://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CASTORIADIS/10826.html


mar 29 2006

The star we share

Catégorie : SciencesYold @ 16:30

ParaboleCeci est un radio-télescope.

Ce midi, sur le campus d’Orsay, était organisé une observation de l’éclipse de soleil : distribution de lunettes de protection et étalage de télescopes. Tout était fait pour que l’observation puisse avoir lieu dans de bonnes conditions. Même cachée derière les nuages, l’eclipse pouvait être observée à l’aide d’un radio-télescope. Un radio-télescope ! Avec ça, on va pouvoir voir des détails, des images tout en couleur avec des trucs qui bougent et des éruptions à la surface du soleil. Rien à voir avec les courtes observations que nous pouvions faire à l’aide de nos lunettes entre deux nuages. Nous sommes donc allé voir ce fameux radio-télescope.

Nous rentrons dans une salle de TP. Sur le mur un video-projecteur affiche de mystérieuses données et un graphique. Un chercheur est présent et débute son explication. “Par la fenêtre, sur la gauche vous verrez les radio-telescopes.” Nous nous déplaçons vers la fenêtre, passons la tête et … profonde déception … “C’était moins cher avec des antennes satellites classiques.” Un champs de paraboles télé. La courbe et les données ? Des relevées d’émission d’ondes produites par le soleil. Justement les même ondes que celles utilisées par les satellites de télédiffusions. “Quand le soleil sera caché à 20% par la lune, la courbe sera 20% moins haute.

Nettement moins sexy que les éruptions dont je révais. J’avais presque le sentiment d’avoir été trompé. Heureusement, un peu plus loin, un streaming sans doute de la NASA nous montrait le soleil en gros plan et les gigantesques éruptions. Les commentateurs, avec la mièvrerie qui caractérise si bien les américains, décrivent les images : “The sun is the star we share”. Merci, j’ai déjà oublié pourquoi j’étais si déçu.